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#8 – Énergie : le « monde d’après » devra être sobre

Dans cet article nous verrons comment la période actuelle nous pousse à repenser nos utilisations de l’énergie. Il vient compléter nos précédents articles sur l’alimentation, l’eau, l’air, l’agriculture, les transports, les déchets et le vivant. Omniprésente, inhérente à tous les domaines, l’énergie est le moteur de notre confort, à travers nos consommations,  productions et déplacements. Nous en sommes entièrement tributaires et notre vision du monde et de la nature y est assujettie malgré nous. La forêt y représente un potentiel « bois énergie », un torrent une conduite forcée, le sous-sol du gaz de schiste potentiel. Tout est  gisement potentiel. Si la question du coût énergétique est désormais récurrente, notre dépendance est totale, elle sonne le glas de notre modèle économique. Extraites ou détournées, ces ressources énergétiques émanent d’une évolution naturelle des milieux, et plus nous consommons d’énergie, plus nous basculons vers un déséquilibre planétaire. Le réchauffement climatique en est la résultante. Si un pays peut consommer 5 à 10 fois plus d’énergie qu’un autre nous comprenons que l’usage énergétique est une question plus centrale que celle d’un soit disant surpeuplement de la planète.

Si le confinement nous a imposé d’autres utilisations de l’énergie, nous avons désormais une possible liberté de choix. Voici quelques pistes pour alimenter le débat et peut être un jour abolir la domination du consumérisme sur l’énergie. Nous partageons ici des réflexions qui animent notre fédération toujours soucieuse de la nature et de l’environnement.

La sobriété énergétique qu’est ce que c’est ?

La sobriété énergétique, ce sont des choix et des gestes pratiques pour réduire notre consommation d’énergie. Nous pouvons la mesurer en quantité de CO2 produite. Pour exemple, 10 km en transport collectif urbain produirons environ 50 grammes de CO2, contre 2 kilos de CO2 pour la même distance parcourue en voiture. Nous devenons sobre en prenant conscience du contexte actuel de réchauffement global de la planète et de destruction massive du vivant, et donc de la nécessité d’agir. Il y a plusieurs manières de comprendre et de pratiquer la sobriété énergétique, des plus basiques (éteindre la lumière en quittant une pièce…) aux plus complexes, mais toujours envisageables : quelques exemples seront délivrés dans cet article. Par contre, n’y seront pas évoqués l’optimisation énergétique qui vise à améliorer techniquement nos chaînes d’énergie, ou les énergies renouvelables qui proposent une production d’énergie dite « décarbonée », mais non sans conséquences environnementales. La sobriété énergétique peut – et doit ! – se pratiquer à tous les niveaux, de l’action individuelle jusqu’aux choix collectifs qui engagent la société. Être sobre, c’est se vouloir du bien pour soi et pour les autres. 

L’énergie grise : le plus grand vecteur de pollution

Elle est la somme de toutes les énergies consommées pour réaliser tout produit, depuis l’extraction de ses composants jusqu’à son recyclage. Nous devons ainsi tenir compte de toutes les étapes, de la conception du produit en passant par l’extraction des matières premières, les transports, la fabrication, le conditionnement, la commercialisation, l’entretien, et enfin le recyclage.

Nous pouvons déjà affirmer que, d’un point de vue énergétique, toutes nos réalisations entament notre patrimoine humain et environnemental. Si nous prenions en compte la rareté des matériaux utilisés ainsi que la pollution chimique aux conséquences écologiques désastreuses, l’addition serait encore plus lourde. Pour l’ADEME, l’énergie grise d’une automobile thermique moyenne tournerait autour des 20.000KWH, soit une année de production de 160m² de panneaux photovoltaïques, sous nos latitudes. Ce coup énergétique dépasse les 30.000KWH pour une voiture fonctionnant exclusivement sur batterie.Si nous prenons l’exemple des panneaux photovoltaïques, il faudra de 2 à 5 ans, selon les études et les types de fabrication, pour que leur énergie restituée commence à dépasser l’énergie grise nécessaire à leur production. Pour être sobre, il est donc important de prendre en compte cette énergie grise.

À ce propos, vaut il mieux acheter une voiture neuve qui consomme moins ou garder votre vielle voiture ? Voici une réponse apportée par Lucien Willemin dans cette petite conférence :

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Éclairer sobrement

Nous avons besoin d’énergie pour éclairer et l’éclairage public est souvent la première dépense énergétique des communes. Pendant le confinement, nous avons organisé une action aux fenêtres pour laquelle tout le monde était invité à nous envoyer des photos avec le #oùsontlesétoiles. Les nombreuses photos reçues nous montrent des routes désertes éclairées comme en plein jour, des clochers brillant de mille feux, ou encore des magasins vides éclairés toute la nuit…
Depuis 2017 nous menons de nombreuses actions concrètes contre ces éclairages inutiles et dangereux, nos changements d’habitude liés au confinement n’ont fait qu’accentuer l’inutilité flagrante de certains éclairages.

Les panneaux publicitaires lumineux sont une triple pollution : visuelle, mentale, et énergétique, sans compter qu’ils contribuent à la pollution lumineuse et constituent un danger pour la sécurité routière. Ils encouragent l’ivresse consumériste alors que nous devons réduire notre consommation énergétique, ces panneaux ont tout faux ! Il s’agit de contre signaux à la sobriété par leur énergie grise et leur consommation en fonctionnement. FNE Midi-Pyrénées organisait en décembre 2019 une action sur Toulouse pour inventorier les panneaux publicitaires numériques. Ces installations nouvelles, semblables à des télévisions géantes, poussent dans nos villes et campagnes comme des champignons. Malgré de nombreuses demandes à l’Assemblée Nationale et l’opposition forte de citoyens, le sujet a pourtant été évacué de la loi Énergie climat du 8 novembre 2019. Ne les laissons pas envahir notre espace !

N’hésitez pas à signaler ces panneaux ou d’autres sources de pollution lumineuse sur la carte participative des Sentinelles de la Nature. Il est grand temps d’éclairer sobrement : avec l’éclairage public ou les panneaux publicitaires, la pollution lumineuse et ses nombreux impacts négatifs doivent nous conduire à réfléchir collectivement sur les usages de l’éclairage. Éclairer ce qu’il faut, quand il faut et comme il faut. A FNE Midi-Pyrénées, nous préférons éclairer les trottoirs plutôt que les étoiles.

Pour en apprendre plus sur tous les aspects de cette problématique et les solutions qui existent, nous vous invitions à regarder ce très joli petit film de Corentin Kimenau.

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Liberté, Sobriété, Numérique

L’utilisation des outils numériques a explosé pendant le confinement,  individuellement ou professionnellement, écrans et réseaux sont omniprésents. Le numérique est un gros consommateur d’énergie, du fait de sa conception et de son utilisation. La seule consommation d’électricité du numérique représente environ 10% de la consommation mondiale[1]. Un exemple concret, celui du mail :

Si l’on considère la totalité de son cycle de vie, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis » Françoise Berthoud, informaticienne au Gricad.[1]

En utilisant des outils numériques propriétaires développés par les géants du web (google, amazon, facebook…) il est difficile de maitriser l’utilisation de ses données. Celles-ci sont systématiquement analysées, stockées et sauvegardées plusieurs fois. En multipliant les utilisations de nos données, ces outils deviennent beaucoup plus énergivores que les outils libres. 

Pour consommer moins d’énergie, plusieurs solutions existent. Nous avons choisi à FNE Midi-Pyrénées de mettre en place des outils de travail collaboratif libres qui, contrairement aux autres outils numériques propriétaires, sont fournis avec leur code source. Ils sont utilisables par et pour tou•tes et répondent aux besoins numériques des utilisateur•rices. Par exemple, nous avons mis en place un serveur de partage de fichiers, évitant ainsi l’envoi par mail de nombreux documents lourds. Ces outils configurables s’adaptent au mieux à nos spécificités et nous permettent d’être souverains quant à nos données.

Maitriser nos données en adoptant une utilisation sobre du numérique permet de réduire notre consommation énergétique numérique. La mise en place de ces outils libres s’est faite grâce à l’accompagnement de l’association Combustibles-Numériques dont l’objectif est de favoriser la transmission des connaissances, d’aider les personnes en difficulté avec les outils numériques et de promouvoir les logiciels libres, dans le respect de la vie privée pour un usage approprié et maitrisé.
Collectivement et individuellement, le développement du Logiciel Libre nous permettra la réappropriation du numérique, pour une utilisation plus juste et plus sobre.

Pour aller plus loin sur le Logiciel Libre

Pour consommer moins d’énergie numérique

  • Clean Fox est un outil pour nettoyer votre boite email et vous désinscrire de toutes les newsletters que vous ne lisez plus (sauf celle de FNE Midi-Pyrénées bien sûr)

Pendant ce temps là, l’arrivée de la 5G

Fin 2019 le gouvernement lance le processus d’attribution des fréquences nécessaires au réseau 5G, ouvrant ainsi le marché au développement prochain de cette technologie. Ce développement nouveau vient s’opposer radicalement au concept de sobriété énergétique développé dans cet article pour au moins trois raisons :

  • Cette technologie ne répond pas à un besoin mais nous est imposée, le réseau actuel étant déjà bien assez rapide
  • L’installation du réseau 5G sera tout d’abord extrêmement consommatrice d’ énergie grise, puis pourrait multiplier par trois la consommation électrique actuelle des réseaux télécoms [2]
  • L’arrivée de cette nouvelle technologie poussera les utilisateur•rices à la consommation en les obligeant à jeter leurs smartphones et tablettes dont le recyclage reste problématique, voire inexistant.

L’exemple actuel de la 5G illustre parfaitement la dangerosité de certains choix faits par nos dirigeants en engageant durablement notre société dans une surenchère de consommation et de besoin énergétique. Il s’agit de tout sauf de sobriété, cette dernière étant peu évoquée dans les discours et les textes de lois. 

D’autres que nous s’emparent heureusement du sujet, comme le fait Aurélien Barrau dans cette courte vidéo sur la 5G.

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Pour un avenir Sobre

Si nos gestes quotidiens visant une sobriété énergétique peuvent être directement bénéfiques à notre territoire le plus proche, il faut garder à l’esprit la démesure des pollutions engendrées par les transports maritimes, aériens ou terrestres, les industries, l’agriculture intensive et autres gloutons en carburants mortifères… Ces secteurs d’activité sont la conséquence d’une consommation mondiale forcenée, comme d’échanges commerciaux aberrants.

La nécessité d’un changement sociétal s’impose et passera inévitablement par la sobriété : il nous appartient de limiter volontairement nos actes d’achat, tous énergivores, de consommer moins et si possible local. A l’heure où des progrès technologiques coûteux, énergivores, ne cessent de modifier nos comportements, nous devons envisager un ralentissement économique qui ne sera pas sans conséquences, ne serait-ce que sur la nature de nos emplois. Le modèle économique mondial actuel dilapide de manière exponentielle nos ressources, il condamne à la stérilité d’immenses territoires par ses pollutions. Il est si simple de moins consommer. La question énergétique est indissociable d’un changement de paradigme devenu inévitable. Son traitement conditionne notre avenir et celui des générations futures. Cet avenir devra être sobre… ou ne sera pas.